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Oncologie

Fièvre chez l’enfant sous chimiothérapie

 

C. Calvo1, W. Abou Chahla2, E. Jeziorski3

1Service d’hématologie et d’immunologie pédiatrique, CHU Robert-Debré, AP-HP-Université de Paris, France
2Service de pédiatrie, Unité d’hémato-oncologie, CHRU de Lille, Hôpital Jeanne-de-Flandre, France
3Service de pédiatrie générale, infectiologie et immunologie clinique, CHU de Montpellier, France
*Auteur correspondant - Adresse e-mail : charlotte.calvo@aphp.fr (C. Calvo).
 

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Article validé par :

SFCE (Société Française de lutte contre les Cancers et leucémies de l’Enfant et de l’adolescent)

SHIP (Société d’Hématologie et d’Immunologie Pédiatrique)

 

Remerciements aux relecteurs :

A. Petit

V. Gandemer

I. Pellier (SFCE)

A. Phulpin

A. Marie-Cardine

D. Moshous (SHIP)

Introduction

La fièvre est une complication courante en oncologie pédiatrique et au cours du traitement des hémopathies malignes de l’enfant : c’est donc un motif fréquent de recours aux urgences pour ces patients. Il s’agit d’une urgence thérapeutique qui doit être prise en charge en lien avec le centre d’hémato-oncologie référent du patient à chaque étape.

Conduite à tenir en cas de fièvre chez l’enfant sous chimiothérapie

Évaluation du patient

(1) Dans ce contexte, la fièvre est définie par une température corrigée ≥ 38,5 °C une fois ou ≥ 38 °C à deux reprises à 1 heure d’intervalle en l’absence de prise d’antipyrétique. En cas de prise concomitante de corticoïdes par voie systémique, le seuil de la température pour la fièvre est à 38 °C une fois. La température ne doit en aucun cas être prise par voie rectale, en raison du risque de translocation bactérienne et de perforation.

(2) Ces patients doivent bénéficier d’un circuit d’accueil spécifique, prioritaire et urgent soit via le service d’accueil des urgences (SAU), soit par un accès direct dans un service de pédiatrie (générale ou spécialisée). Ces enfants ne doivent pas patienter en salle d’attente. Ils doivent par ailleurs bénéficier d’un isolement protecteur (surblouse et masque chirurgical, matériel d’examen dédié ou nettoyé).

(3) Une anamnèse exhaustive doit être reconstituée auprès des parents (interrogatoire, documents apportés) et du dossier médical de l’enfant (localement et/ou en appelant le centre de référence). Elle comprend les antécédents oncologiques, la date de la dernière chimiothérapie et le type de cure, ainsi que le traitement actuel, notamment la prise d’une antibioprophylaxie ou d’une prophylaxie antifongique systémique. La recherche d’infections invasives antérieures et d’antécédent de portage de bactéries productrices de bêtalactamases à spectre étendu (BLSE)/ bactéries multirésistantes (BMR) en fait également partie. La recherche d’un contage infectieux, et notamment varicelleux, est également indispensable, de même que le statut COVID-19 (contage éventuel, positivité antérieure, etc.).

(4) La recherche de signes de sévérité clinique notamment de défaillance hémodynamique (tachycardie, allongement du temps de recoloration cutanée [TRC], marbrures, pouls filants voire absents, hypotension artérielle parfois au premier plan [importance de la pression artérielle moyenne – PAM]), respiratoire (polypnée, désaturation) et neurologique (confusion, syndrome méningé), doit être réalisée et impliquer une prise en charge spécifique en unité de soins continus ou de réanimation. L’évaluation clinique doit être complète et comprendre l’examen minutieux de la peau et des muqueuses (bouche et périnée, à la recherche d’une mucite ou d’une anite), ainsi que de l’orifice du cathéter central (signes locaux de surinfection, qui peuvent toutefois être atténués, voire absents, en cas d’aplasie).

(5) Les examens paracliniques doivent comprendre des hémocultures de chaque lumière du cathéter central. Les hémocultures périphériques ne sont pas recommandées. Celles-ci doivent être de volume suffisant (5 mL avant 2 ans, 10 mL entre 2 et 10 ans et 20 mL après 10 ans). La recherche d’un syndrome inflammatoire biologique avec au moins une protéine C-réactive (CRP) et une procalcitonine (PCT), si possible, doit être réalisée. L’examen cytobactériologique des urines (ECBU) doit être réalisé de façon systématique sans retarder l’initiation du traitement, même en l’absence de symptomatologie urinaire. La bandelette urinaire (BU) n’est pas un outil de dépistage fiable chez ces patients, du fait de l’antibioprophylaxie fréquente et de la leuco-neutropénie.

En période épidémique, un test de diagnostic rapide (TDR) grippe et une PCR nasale contenant au moins la recherche du virus respiratoire syncytial (VRS) doivent être réalisés, de même qu’une PCR SARS-Cov2. La radiographie de thorax doit être réservée aux patients présentant une symptomatologie respiratoire.

Dans le cas particulier des patients en traitement d’entretien, chez qui l’immunosuppression est moins forte et la neutropénie moins probable, les examens ci-dessus n’auront pas tous un caractère systématique et seront donc à adapter au cas par cas.

Principes de prise en charge thérapeutique

La prise en charge thérapeutique doit toujours être discutée avec le centre d’hémato-oncologie référent prenant en charge l’enfant.

(6) La présence d’une situation de gravité anamnestique, fonction de la durée de la neutropénie (si ≥ 7 jours) et du type de tumeur (solide si traitement intensif, et hématologique sauf traitement d’entretien), ou clinique (hémodynamique, respiratoire ou neurologique), doit faire discuter un rapprochement de l’enfant du service d’hémato-oncologie référent, voire d’une unité de soins intensifs.

(7) Une antibiothérapie intraveineuse (IV) empirique doit être initiée rapidement et systématiquement en cas de situation de gravité et/ou de neutropénie avec nombre de polynucléaires neutrophiles (PNN) < 500/mm3 (ou > 500/mm3 en phase descendante).

En l’absence de signe de sévérité clinique, il s’agit d’une monothérapie dont le choix de la molécule sera fonction des recommandations de centre : bêtalactamine avec activité antipseudomonas (ex. pipéracilline/tazobactam). Elle tiendra compte des portages du patient et des infections antérieures, et en particulier des portages antérieurs de BLSE/BMR.

La prescription d’un aminoside est réalisée en cas de signe de sévérité clinique ou si le patient est porteur de bactéries résistantes connues. L’ajout d’un glycopeptide est recommandé en cas de sévérité clinique, de la présence d’un point d’appel franc en regard de la voie centrale, ou en cas d’orientation microbiologique vers une infection à staphylocoque (si lésion cutanée, ou chez tout patient porteur d’une prothèse orthopédique).

En cas de signes de choc infectieux et/ou de signes cutanés évocateurs d’infection fongique, en particulier chez l’enfant en cours de traitement pour une leucémie aiguë, un antifongique doit être ajouté rapidement.

Le traitement anti-infectieux doit être débuté dans l’heure suivant l’admission, et aucun examen ne doit le retarder.

L’épidémiologie locale et les portages connus du patient doivent faire adapter l’antibiothérapie initiale.

En période épidémique et si le TDR grippe est positif, ou s’il existe un contage avéré < 48 heures, l’oseltamivir (TAMIFLU) doit être proposé en plus de l’antibiothérapie empirique.

(8) Dans tous les cas, il faut penser à suspendre la chimiothérapie en cours (dont celle orale prise au domicile).

(9) Un traitement par facteur de croissance granulocytaire (G-CSF) doit être discuté avec le centre de référence en fonction de la durée attendue de la neutropénie et de la gravité de l’infection.

(10) Un relais antibiotique oral ambulatoire peut être envisagé pour les patients à faible risque après 48 heures, c’est-à-dire les patients atteints de tumeur solide avec période d’aplasie estimée < 7 jours ou ceux en traitement d’entretien d’une hémopathie maligne, après l’obtention d’une apyrexie rapide et sous réserve : d’un examen clinique normal, d’hémocultures négatives, de l’absence de syndrome inflammatoire biologique, de l’absence d’antécédents infectieux notables, de la compliance de l’enfant et de la fiabilité des parents, ainsi que de la proximité avec le centre d’hémato-oncologie référent de l’enfant. En l’absence de documentation microbiologique, certaines équipes proposent un relais oral par l’association amoxicilline et ciprofloxacine jusqu’à la sortie d’aplasie (PNN > 500/mm3), confirmée par 2 NFS à 48 heures d’intervalle.

Pour les patients à haut risque (aplasie prolongée, hémopathies malignes, allo- et autogreffe de moelle osseuse, autres traitements intensifs ou antécédents infectieux particuliers), une prise en charge ambulatoire anticipée ne peut toutefois pas être proposée.

(11) Pour ces patients à haut risque, et pour tous les autres, si la fièvre persiste, l’élargissement de l’antibiothérapie avec un glycopeptide doit être discuté, ainsi que l’ajout d’aciclovir (si une mucite est présente) et d’un antifongique. Un rapprochement vers le centre de référence doit alors être discuté quotidiennement, pour l’expertise onco-hématologique et la proximité d’une unité de réanimation.

(12) Les patients présentant des PNN > 500/mm3, non en phase descendante, représentent une part non négligeable des patients suivis en onco-hématologie consultant pour de la fièvre. Les études, bien que peu nombreuses, rapportent des bactériémies chez moins de 10 % d’entre eux.

En présence de signes de sévérité clinique (cf. (6)), l’instauration d’une antibiothérapie IV en urgence est indiquée. En l’absence d’élément de gravité, l’immunosuppression dépendant de la chimiothérapie et la problématique des cathéters centraux rendent nécessaire une discussion au cas par cas avec le centre d’hémato-oncologie référent de l’enfant.

Conclusion

La prise en charge des patients en cours de traitement d’une tumeur solide ou d’une hémopathie est une urgence. L’évaluation clinique doit être minutieuse, ce d’autant que ces patients, souvent neutropéniques, peuvent se présenter avec très peu de symptômes. L’antibiothérapie IV doit être initiée au plus vite, en arrêtant toute chimiothérapie en cours. La prise en charge de ces patients doit se faire en relation étroite avec le centre d’hématooncologie référent de l’enfant.

Liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Cet article fait partie du supplément Pas à Pas 2021 réalisé avec le soutien institutionnel de Procter & Gamble et Sanofi Pasteur.

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Masse abdominale chez l’enfant

 

C. Mallebranche1, S. Irtan2

1Université Angers, unité Oncologie pédiatrique, CHU Angers, Inserm, CNRS, CRCI2NA, SFR ICAT, Angers, France
2Sorbonne université, service de chirurgie pédiatrique viscérale et néonatale, CHU Armand-Trousseau, AP-HP, Paris, France
Auteur correspondant - Adresse e-mail : coralie.mallebranche@chu-angers.fr (C. Mallebranche).
 

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Article validé par :

Société Française de lutte contre les Cancers et les leucémies de l’Enfant (SFCE)

Société Française de Chirurgie Pédiatrique (SFCP)

Société Francophone d’Imagerie Pédiatrique et Prénatale (SFIPP)

 

Introduction

Chez l’enfant, le diagnostic de masse abdominale est soit de découverte fortuite par les parents, ou lors d’un examen clinique systématique réalisé par le médecin lors du suivi pédiatrique, soit secondaire à la survenue d’un tableau symptomatique. Il nécessite la réalisation d’explorations diagnostiques en urgence afin d’en déterminer la nature. Dans certains cas, il s’agit d’une organo mégalie. Dans les autres cas, il peut s’agir d’un volumineux fécalome, de malformations congénitales, de collections infectées (appendicite aiguë, abcès rénal, leishmaniose) ou non (hydronéphrose, hydrosalpinx, torsion d’annexe…), ou de néoplasies. L’objectif de ce document est d’aider le clinicien dans la conduite du bilan diag nostique et dans l’identification précoce des situations d’urgence nécessitant une prise en charge immédiate en milieu hospitalier.

Conduite diagnostique devant une masse abdominale chez l’enfant

(1) La priorité est d’identifier les situations d’urgence en recherchant des signes de gravité :
• des signes de mauvaise tolérance : recueil dès l’arrivée de l’état général de l’enfant (coloration, conscience, réactivité), des constantes vitales (fréquence cardiaque, tension artérielle, fréquence respiratoire, saturation en air ambiant), diurèse.
- Une tachycardie peut être observée en cas de douleur, de saignement ou de fièvre ;
– L’oligo-anurie peut être un signe secondaire de sepsis, de syndrome de lyse tumorale (principalement dans les lymphomes de Burkitt), ou de compression des voies urinaires par une masse pelvienne ;
• des signes de compressions médullaires ou radiculaires secondaires à une tumeur en sablier (neuroblastome) ;
• une défense ou une contracture associée à un contexte infectieux (fièvre, sepsis) ou tumoral (rupture tumorale, hémorragie intra-tumorale) : avis chirurgical pédiatrique ;
• un syndrome occlusif révélant une invagination intestinale aiguë ;
• une hypertension artérielle, qui peut se voir dans les tumeurs rénales, les tumeurs extrarénales (neuroblastomes, phéochromocytomes, corticosurrénalomes) ;
• des signes endocriniens pouvant orienter vers une tumeur surrénalienne (corticosurrénalome) ou ovarienne (tumeur de la granulosa juvénile, Sertoli-Leydig) ;
• des signes d’insuffisance médullaire pouvant orienter vers une hémopathie maligne ;
• une hématurie (tumeur rénale ou vésicale, infection urinaire, thrombopénie centrale en cas d’hémopathie) ;
• un tableau douloureux majeur.

La présence de signes de gravité doit faire adresser immédiatement l’enfant vers une structure d’urgence pédiatrique.

En l’absence de signe de gravité, selon les éléments anamnestiques, cliniques et paracliniques, un avis doit être pris dès que possible (au maximum dans les 24-48 heures qui suivent la consultation) auprès d’un chirurgien viscéral pédiatrique ou d’un oncologue pédiatrique, afin d’organiser rapidement la prise en charge diagnostique.

(2) L’examen clinique permet de définir les caractéristiques de la masse. La palpation abdominale prudente précise le siège et les limites en fonction des 9 quadrants de l’abdomen, la consistance ferme ou molle, le caractère mobile ou non, la sensibilité. L’examen radiologique de première intention est l’échographie abdomino-pelvienne. La radiographie de l’abdomen sans préparation n’a aucune utilité dans cette indication. Cette échographie doit être réalisée idéalement le jour même, au plus tard le lendemain, et par un radiologue ayant une activité régulière en imagerie pédiatrique, possiblement en cabinet de ville en l’absence de signe de gravité (après un échange téléphonique entre le médecin ayant vu l’enfant et le radiologue), et à l’hôpital, via les urgences pédiatriques, en cas de signe de gravité. Cette échographie de première intention permet le plus souvent de déterminer rapidement et de façon non invasive le compartiment anatomique d’origine de la masse palpée (intra- ou rétro- ou sous-péritonéale), son éventuel organe/structure d’origine, ainsi que d’analyser sa structure et sa vascularisation. La totalité de la cavité abdomino-pelvienne doit être explorée, à la recherche d’autres localisations, d’adénopathies, d’une ascite, et du retentissement sur les organes voisins.

Selon ces premiers résultats, confrontés aux données clinicobiologiques, l’indication éventuelle en deuxième intention d’une IRM ou d’un scanner sera posée, après un échange pluridisciplinaire qui déterminera la technique la plus adaptée, le délai et le lieu de sa réalisation, en tenant compte de la pathologie suspectée, de l’urgence et de l’accessibilité locale. L’IRM doit être, autant que possible, privilégiée chez l’enfant pour éviter l’exposition aux rayonnements ionisants, et réalisée par une équipe radiopédiatrique spécialisée chez le jeune enfant. En cas d’indication de scanner, la fonction rénale doit être vérifiée avant l’injection de produits de contraste iodés et le protocole d’examen doit être adapté à l’âge de l’enfant, idéalement en présence d’un radiopédiatre.

En cas de découverte d’une lésion possiblement tumorale maligne, un contact immédiat doit être pris avec un pédiatre oncologue d’un centre de référence, en transférant en parallèle l’imagerie déjà réalisée (CDROM ou transfert via Internet).

En cas d’hépatomégalie et/ou de splénomégalie, il faudra rechercher des signes associés pouvant orienter vers une hémopathie maligne (signes d’anémie, de neutropénie ou de thrombopénie, multiples adénopathies périphériques). Leur existence devra conduire à la réalisation d’un bilan biologique (NFS-plaquettes, frottis, ionogramme sanguin, uricémie, créatininémie, LDH) ainsi qu’à un avis spécialisé en centre de référence en urgence.

(3) Une masse de l’hypochondre droit doit faire évoquer en premier lieu une hépatomégalie. Un Pas à pas spécifique « Hépatomégalie chez l’enfant » décrit la conduite à tenir dans ce contexte. Si l’échographie n’a pas encore été faite, il faut également évoquer un neuroblastome surrénalien droit.

En cas de masse, unique ou multiple, les autres hypothèses principales sont infectieuses (abcès), malformatives (par exemple : dilatation congénitale kystique de la voie biliaire principale connue en anténatal ou se révélant par une complication telle une lithiase) ou tumorales. Les dosages de l’alpha foetoprotéine (AFP) et de l’HCG totale permettent d’orienter le diag nostic en cas de masse tissulaire à l’échographie. Chez le jeune enfant, il est primordial d’interpréter le taux d’AFP en fonction de l’âge (abaques disponibles, voir tableau 1). L’AFP peut être modérément augmentée dans toutes les pathologies touchant le parenchyme hépatique, mais elle sera franchement élevée dans les hépatoblastomes, les pancréatoblastomes et certaines tumeurs germinales malignes. Aussi en cas d’augmentation de l’AFP associée à une masse abdominale, suggérant donc le diagnostic de tumeur hépatique, un avis spécialisé rapide en centre de référence est indispensable. Le bilan biologique hépatique, quant à lui, est en général normal en cas de tumeur mais peut montrer une cholestase ou une cytolyse en cas de pseudokyste du cholédoque.

Tableau 1 Concentrations sériques de l’AFP en fonction de l’âge
AFP (ng/ml)
Prématuré 95 000 – 175 000
Nouveau-né 13 000 – 83 000
2 semaines 500 – 66 000
2 semaines – 1 mois 20 – 19 000
1 mois 20 – 5 600
2 mois 20 – 600
3 mois 10 – 180
4 mois 10 – 130
5 mois 10 – 70
6 mois 0 – 20
7 mois 0 – 17
8 mois 0 – 15
(d’après S. Loric, Cahier de Formation Biochimie tome IV,
Bioforma 1999).

 

(4) Une masse épigastrique chez un enfant ou un adolescent doit faire évoquer en premier lieu une étiologie tumorale, notamment hépatique, du rétropéritoine médian (neuro blastome), ou pancréatique (cf. (3)). De façon plus anecdotique, un bézoard, concrétion de substances ingérées non digestibles, peut être à l’origine d’une masse abdominale associée à un syndrome occlusif. L’examen clinique devra alors rechercher des plaques d’alopécie associées (trichobézoard secondaire à une trichotillomanie + trichotillophagie).

(5) Une masse du flanc et/ou de la fosse iliaque droite, a fortiori en contexte fébrile, doit faire évoquer une complication digestive infectieuse (abcès appendiculaire…). Une masse du flanc, droit ou gauche, associée à un contact lombaire peut faire évoquer une hydronéphrose ou un rein polykystique, mais doit également, surtout en cas d’apparition rapide de la symptomatologie, faire évoquer une étiologie tumorale. Les néphroblastomes sont les tumeurs rénales malignes les plus fréquentes chez l’enfant de moins de 10 ans. Une des particularités de ces tumeurs est leur fragilité à l’origine de saignements retro- ou intrapéritonéaux, voire de rupture intrapéritonéale. L’examen clinique de la tumeur doit donc être délicat et limité. La prise de tension artérielle est indispensable ici.

Il faut également évoquer une tumeur surrénalienne, notamment un neuroblastome, tumeur maligne solide extracérébrale la plus fréquente chez l’enfant de moins de 6 ans.

En pratique, une masse rénale ou surrénalienne de l’enfant doit faire adresser l’enfant en centre de référence où sera réalisé le bilan complémentaire comprenant entre autres un dosage de dopamine, de catécholamines urinaires et de leurs dérivés sur 24 heures, dont l’acide vanylmandélique (VMA) et l’acide homovanilique (HVA) qui seront élevées en cas de neuroblastome.

Enfin, il convient de penser à une volumineuse hépatomégalie ou une splénomégalie devant une masse palpable en flanc ou en fosse iliaque.

(6) Une masse médiane peut être révélatrice de nombreuses pathologies différentes. Une invagination intestinale aiguë sera associée à des signes d’apparition brutale (douleur, vomissements, rectorragie, hypotonie, signes neurologiques), et sera de diagnostic rapide à l’échographie. Une invagination intestinale aiguë (IIA) survenant chez le grand enfant (> 3 ans), de localisation iléo-iléale et/ou récidivante, même si elle peut être associée à une simple gastro-entérite, doit faire évoquer une origine secondaire, comme un purpura rhumatoïde, un diverticule de Meckel, une duplication digestive ou un lymphome. La prise en charge de l’IIA inclut la prise en charge de l’étiologie. En cas de diverticule de Meckel ou duplication, une chirurgie permet à la fois de lever l’IIA et de réséquer la malformation. En cas de suspicion de lymphome digestif, l’IIA est souvent bien tolérée. Le traitement est l’initiation rapide d’une chimiothérapie ; la chirurgie première n’est pas recommandée.

De nombreuses pathologies tumorales peuvent être révélées par une masse médiane. L’urgence est d’éliminer une hémopathie maligne associée à un risque élevé de syndrome de lyse, en premier lieu un lymphome de Burkitt. Toute découverte de masse abdominale d’allure tumorale médiane ou hypogastrique doit faire réaliser en urgence un bilan de lyse (ionogramme sanguin, créatinine, acide urique, LDH, hémostase avec TP). L’enfant doit être adressé en urgence dans un centre de référence qui réalisera une imagerie thoraco-abdomino-pelvienne et débutera rapidement le traitement.

(7) Une masse de l’hypochondre gauche est le plus fréquemment liée à une splénomégalie. Les étiologies et la conduite à tenir sont détaillées dans un Pas à pas spécifique « Splénomégalie chez l’enfant ». D’autres pathologies, comme un abcès, un kyste splénique ou un volumineux neuroblastome surrénalien gauche, pourront être évoquées à l’échographie.

(8) Devant toute masse pelvienne ou hypogastrique chez la fille, l’examen de la vulve permet d’éliminer une imperforation hyménéale qui se manifeste par une membrane bleutée bombante visible en écartant légèrement les grandes lèvres. Le diagnostic clinique permet une prise en charge chirurgicale sans imagerie ou au mieux après réalisation d’une IRM pelvienne à la recherche de malformations génito-urinaires associées, qui sera demandée par le chirurgien pédiatre spécialiste. La présence d’une vulve normale permet d’orienter le diagnostic vers une masse tumorale d’origine ovarienne (masse mobile à l’examen clinique). Après confirmation par échographie (+/- IRM) de l’origine probablement ovarienne de la masse, un bilan bio logique comprenant des marqueurs tumoraux et hormonaux (AFP, HCG, AMH, inhibine B, calcémie, Ca 125 et Ca 19.9, oestradiol et FSH/LH) doit être réalisé. Il est important de bien distinguer ces tumeurs des torsions d’ovaires, pouvant prendre un aspect pseudo-tumoral (les deux pouvant être associées). L’AFP et/ou l’HCG totale peuvent être augmentées dans les tumeurs germinales malignes d’origine principalement ovarienne, ou parfois sacro-coccygiennes ou vaginales. Les neuroblastomes sont plus rarement mais possiblement pelviens, notamment dans l’espace présacré (doser les catécholamines urinaires). D’autres tumeurs abdominales ou pelviennes ne sont pas associées à la sécrétion de marqueurs tumoraux, notamment les rhabdomyosarcomes (sarcomes des tissus mous les plus fréquents), qui peuvent avoir une origine variée (abdominale, pelvienne, vésico-prostatique, vaginale). Une altération franche de l’état général associée doit faire évoquer une pathologie métastatique. Un lymphome de Burkitt est plus rare mais possible dans cette localisation. Un fécalome peut également se présenter sous la forme d’une masse hypogastrique et suit le cadre colique en fonction de son niveau ; l’interrogatoire permettra de renforcer cette hypothèse diagnostique.

Conclusion

La découverte d’une masse abdominale chez l’enfant peut révéler différentes pathologies. L’urgence est de rechercher des signes de gravité nécessitant une prise en charge immédiate. La réalisation d’une échographie abdomino-pelvienne permet généralement d’orienter rapidement le diagnostic. La mise en évidence d’une organomégalie (hépatomégalie, splénomégalie, néphromégalie) nécessite des explorations spécialisées en centre de référence. Des signes infectieux (fièvre, sepsis) éventuellement associés à une défense/contracture doivent faire évoquer une infection digestive et classiquement demander un avis chirurgical pédiatrique. Lorsqu’une pathologie tumorale est suspectée, le patient doit être référé en urgence dans un centre spécialisé.

Liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Cet article fait partie du supplément Pas à Pas 2023 réalisé avec le soutien institutionnel de Procter & Gamble et Sanofi.